Il y a 80 ans, le 16 octobre 1942, décédait le lieutenant Louis Audebert, aviateur, mort pour la France

Hommage au Lieutenant Louis Audebert,

pilote de chasse de l’Armée de l’Air,

« mort pour la France » le 16 octobre 1942.

Il y a 80 ans, le 16 octobre 1942, disparaissait le Lieutenant Louis Audebert, pilote de chasse de l’Armée de l’Air, aux commandes de son avion, dans les environs de Thiès (Tivaouane au Sénégal).

Louis Audebert est né à Queaux (Vienne), le 29 octobre 1916, au village de Chez Renard, alors que son père (Louis Pierre Charles) venait d’être mobilisé à la Grande Guerre comme chauffeur, et que son frère aîné Camille était âgé de trois ans. Issu de familles d’agriculteurs, son père, originaire de Verrières (Vienne) avait connu les dures réalités de la vie en commençant à travailler dès l’âge de 11 ans.

Acte de naissance de Louis Audebert

C’est, alors qu’il était tout jeune enfant (avant 1921), que ses parents vinrent s’installer à Charroux (Vienne), au 7, rue de la Gare (ancienne rue des Poiriers dans cette partie), dans l’une des plus anciennes maisons (13ème siècle) de la cité médiévale habitée précédemment par Emile Seldubuisson (décédé à la Grande Guerre), négociant en grains. Charles, le père de Louis y fit aussi le commerce du vin, et sa femme Marie-Antoinette vendait de la petite épicerie et des chapeaux (homme et femme); leur activité perdura plus de 50 ans.

Le 7, rue de la Gare à Charroux

Camille et Louis furent scolarisés à l’école publique de la commune. Très brillant, Louis poursuivit sa scolarité au Lycée de garçons de Poitiers (Henri IV) jusqu’en 1935, avant d’intégrer le Lycée Montaigne à Bordeaux, en classes préparatoires. Au cours de ces deux années, Louis manifesta une volonté forte de réussir ses études. Il compta parmi les meilleurs élèves de sa promo. Ses qualités, tant intellectuelles que physiques (il fut champion de France universitaire de rugby), lui permirent d’intégrer l’Ecole de l’Air au sein de la promotion « Commandant Mézergues » en 1937.

©Collection particulière

©collection particulière

En 1937, Louis Audebert intègre l’Ecole de l’Air

Le 1er avril 1933, le président de la République Albert Lebrun signe un décret ministériel qui fait de l’Armée de l’air une armée à part entière tandis que la loi du 2 juillet 1934, fixant son organisation, marque son acte de naissance. Les officiers servant au sein de cette nouvelle armée sont désormais formés dans une école qui lui est propre. Le site géographique accueillant cette école doit respecter trois critères : implantation sur un aérodrome, dans une région à la météorologie clémente, et à proximité d’une garnison ainsi que d’une grande ville universitaire, car, s’il n’est pas encore question de faire de l’officier aviateur un ingénieur, celui-ci doit pouvoir disposer d’un bagage scientifique important : « en avion, la science et la technique priment ».

Pierre Cot, alors ministre de l’Air, écrira dans un ouvrage paru en 1939 : « C’est une Grande école, à base de culture scientifique, par ses programmes et la valeur de son enseignement. C’est un établissement de culture générale et la jeune génération d’officiers aviateurs aborde la carrière des armes pourvue de la base solide que procurent les disciplines scientifiques. »

Rassemblement devant les anciennes écuries de Versailles.

L’Ecole de l’Air s’installe d’abord à Versailles, provisoirement dans l’aile des « Petites Écuries » du château, non loin des prestigieux terrains d’aviation des pionniers : Buc, Saint-Cyr, Toussus-le-Noble, Villacoublay…. Elle fait sienne la devise « Faire Face » du Capitaine Guynemer, prestigieux pilote de chasse tombé au combat en 1917, et qui donne son nom à la première promotion de l’École. Depuis, la tradition se perpétue, et chaque promotion porte le nom d’un «ancien» à la carrière exemplaire.

Alors que les traditions s’instaurent, des décisions sont prises qui changeront la vie de l’Ecole : c’est d’abord le choix de Salon-de-Provence pour devenir le berceau des nouvelles générations d’officiers de l’Air. Le 15 novembre 1937, la nouvelle vague de «poussins» s’envole vers le ciel lumineux de Provence. Louis Audebert, admis au concours de l’Ecole, intègre celle-ci, ce même jour, au sein de la promotion «Commandant Mézergues».

En cette fin d’automne 1937, la promotion  s’installe dans ce qui n’est qu’un vaste chantier. La vie s’organise tant bien que mal : tout le personnel loge à Istres pendant les premiers mois. L’ambiance est extraordinaire et tout fait croire à des vacances ininterrompues… L’organisation de la nouvelle Ecole est confiée au colonel Bonneau qui, pendant trois années, présidera à l’édification de «Salon». Au début de 1938, les baraques «provisoires» sont enfin terminées : elles resteront en place pendant trente ans…

En ce qui concerne l’instruction des élèves, le commandement organise les cours, la plus grande initiative lui étant laissée en ce domaine. Les ateliers techniques sont installés les uns après les autres : moteurs, photo, bombardement, etc…

L’instruction en vol se fait sur Potez 25 d’une façon assez peu soutenue. On vole en effet moins qu’à Versailles. et surtout en tant qu’observateur. L’Ecole rencontre une très grande attention de la part des Facultés de Marseille et d’Aix, aussi bien en sciences qu’en lettres, témoin, le remarquable cours de droit aérien du professeur de la Pradelle.

Les élèves étaient déjà aviateurs dans l’âme; il fallait en faire des officiers. Le colonel Bonneau prescrit une stricte discipline, une instruction militaire poussée et une solide formation morale de l’officier. Un soin particulier est apporté à la tenue et au sens de l’uniforme; les élèves sortent en ville en grande tenue, gants blancs et poignard. L’encadrement est assuré par des anciens qui veillent à la continuité des traditions de Versailles : le bahutage cette année-là revêt un caractère tout particulier. Le baptême est donné aux poussins par leur parrain, l’aspirant Lecerf. Le programme de l’Ecole suit son cours : juin 1938, Cazaux, septembre 1938, Avord pour le pilotage puis un rapide passage aux «Petites Ecuries» et Saint-Cyr pour y continuer le pilotage, enfin, l’examen de sortie en juin 1939.

« A Salon, Le général Vuillemin a remis solennellement  le drapeau de l’École de l’Air à la promotion Mézergues ». Le Petit Marseillais,‎ 26/02/1939.

Le lourd tribut de la promotion « Commandant Mézergues » pendant la guerre

Le Centre d’Instruction à la Chasse (CIC) de Chartres

Quelques jours de repos pour les fêtes de Pâques 1939 chez ses parents à Charroux dans la Vienne,  permirent à Louis de découvrir son neveu Daniel, nouveau-né, et de partager en famille ces moments heureux. Il pourra revoir ses amis Denis Roquet et André Clément qui tous les deux intégreront les mouvements de résistance locale quelques années plus tard. Ce seront parmi ses derniers moments de joie à Charroux. Fin juin 1939, Louis Audebert réussit l’examen de sortie de l’école de l’Air lui permettant d’intégrer le CIC. Le 3 septembre, l’Angleterre et la France  déclareront la guerre à l’Allemagne nazie, suite à l’agression de la Pologne.

Pâques 1939, à Charroux, rue des Fours, Louis Audebert avec son neveu Daniel. Sur la pochette de sa veste, l’insigne de l’Ecole de l’Air. A ses côtés, sa mère heureuse. ©collection particulière.

Le 30 septembre 1939, Louis entre au Centre d’Instruction à la Chasse (CIC) de Chartres, venant d’être créé ;  il intègre la 2ème escadrille.  il y recevra sa formation jusqu’en mai 1940.

En septembre 1939, après que tous les Groupes de Chasse basés à Chartres aient gagné les terrains de campagne sur lesquels ils avaient été affectés, les installations se la base de Chartres furent utilisées pour mettre en place un C.I.C. : Centre d’Instruction à la Chasse.

Les deux C.I.C. de Chartres et de Montpellier constituaient le dernier maillon avant l’affectation des pilotes aux unités combattantes. Il fallut plusieurs mois avant que les moyens ne se mettent en place et qu’ils n’atteignent un certain degré d’efficacité. Début octobre 1939 il n’y a à Chartres qu’une vingtaine de MS 405 ou 406, une dizaine de Curtiss H.75 et une dizaine de Bloch 151. Beaucoup d’avions ne disposent ni de viseurs, ni de canons. Le champ de tir est indisponible, et il n’y a de toutes façons pas d’armuriers ! Les mécaniciens en nombre notoirement insuffisant ne peuvent faire face aux multiples pannes et surtout aux nombreuses casses liées à l’inexpérience des élèves sur des chasseurs rapides, avec des ailes basses, des trains d’atterrissage rentrant et un poste de pilotage fermé…Extraits des mémoires du colonel Jean Menneglier

« Nous vîmes apparaître la cathédrale au-dessus des champs qui, à cette saison, étaient nus et nous la vîmes  surgir de « l’océan des blés » comme dit Péguy. Cette cathédrale devait régner sur tout notre séjour. Nous la côtoyions au décollage ou à l’atterrissage et quand nous ne savions plus très bien où nous étions après des exercices de combat prolongés, il nous suffisait de descendre près du sol et de regarder autour de nous pour l’apercevoir à l’horizon et mettre le cap sur elle pour rentrer. Je la visitai. Elle était dépouillée de ses vitraux remplacés par du banal « vitrex ». Mais j’admirais son architecture et ses statues du déambulatoire. Je ne me souviens pas si j’invoquai ND de Chartres pour le succès de nos armes mais j’ai bien dû la prier pour m’aider à sortir de la guerre sain et sauf. » Extraits des mémoires du colonel Jean Menneglier

 

La composition du C.I.C. de Chartres

Commandant du Centre :
Commandant Raguenet de Saint-Albin : rappelé au commandement du GC I/4 le 15 mai 1940.
Lieutenant-colonel Nuville : signe en temps que « commandant l’Escadre de Chasse » début juin à Cazaux.

Section d’entraînement :
Commandants : Lieutenant Perron jusqu’en janvier 1940, puis capitaine Malinvaud de février à juin.
Matériel : 1 ou 2 MS 406, D.500-501, MS 230, NAA 57, Potez 25, etc.

1er groupe :
Commandants : Commandant Rabatel jusqu’en mai 1940 – Capitaine Goubault (signe les carnets et registre début juin).

1ère escadrille :
Commandants : Lieutenant Ozanne (de septembre 1939 au 18/04/40 : mutation au GC III/10) – Lieutenant Boissel (du 25/02/40, en provenance du GC II/3, au 17/05/40 : mutation au C II/2) – Successeur inconnu.

Matériel principal : MS 406. 

2ème escadrille :
Commandants : Lieutenant Pissotte (de septembre 1939 au20/03/40 : mutation au GC III/2 – Sous-lieutenant Odobez.

Matériel  principal: MS 406

2ème groupe :
Commandants : Capitaine Waddington

3ème escadrille :
Commandants : Capitaine ???? (illisible sur les carnets de vol, peut-être Lenfant) jusqu’en mars 1940. 
Sous-lieutenant Cuffaut (à partir du 27/03/40)
Nota : Cuffaut passe en Afrique du Nord entre le 20 et le 25/06/40, après le départ du C.I.C. à Cazaux.

Matériel principal : Curtiss H.75, plus des Bloch 151 après le 02/05/40.

4ème escadrille :
Commandants : Sous-lieutenant Troyes (de septembre 1939 au 07/03/40 : mutation au GC II/3) – Lieutenant Bugnet (du ??/ ??/ ??, en provenance du GC II/2)
Nota : Bugnet est connu au C.I.C. à partir de février 1940)

Matériel principal : MS 406 et Bloch 151.

Carnet de vol de Louis Audebert©archives de la famille

« Le travail au C.I.C. consistait en exercices de combat sur les avions que nous allions trouver en formation ; exercices d’attaque et d’esquive, patrouilles de surveillance, combat tournoyant, etc. Nous essayions aussi de nous familiariser avec la radio mais le RI 535 qui équipait nos avions n’avait pas la fiabilité de ceux d’aujourd’hui. Nous n’avions que deux fréquences disponibles et préréglées et bien qu’on puisse pratiquer l’alternat (émission et réception sur la même fréquence) et même l’alternat automatique (il suffisait de parler pour bloquer la réception et mettre en route l’émetteur) la règle était d’utiliser le duplex (émission sur une fréquence et réception sur une autre) ce qui ne permettait pas d’entendre la conversation du CP (chef de patrouille) avec le sol ni de communiquer avec lui. Mais nous nous familiarisions avec cet appareil… » Extraits des mémoires du colonel Jean Menneglier

Carnet de vol de Louis Audebert©archives de la famille

« Après les vacances de Noël, que nous pûmes passer en famille, nous partîmes le 11 Janvier faire une campagne de tir à Montpellier. Je faisais partie de ceux qui emmenèrent les avions. Il y avait plusieurs patrouilles. Celle dont je faisais partie était dirigée par un de nos moniteurs, l’adjudant Plesnage, un ancien de l’aéronavale qui était du midi et grignotait souvent des gousses d’ail ce qui lui donnait une haleine particulière qu’on retrouve chez certains provençaux comme le curé de Pélissanne qui était aumônier du Piège (appellation de l’Ecole de l’Air de Salon de Provence) après la guerre. Après un arrêt technique à Lyon pour faire le plein, nous nous trouvâmes devant une tempête de neige qui nous barra la route de Montpellier. Nous nous posâmes à Istres où nous passâmes la nuit. Plesnage devait y avoir des connaissances car les autres patrouilles se posèrent à Marignane. Le lendemain matin après une nuit glaciale, nous eûmes beaucoup de mal pour faire la remise en route, vidant nos bouteilles d’air comprimé et essayant de les regonfler à la main avec la pompe de secours qu’il fallait actionner à l’intérieur de l’avion en s’arrachant les gants aux multiples aspérités. Je ne sais si nous y arrivâmes seuls ou si nous avons dû faire appel à des bouteilles d’air comprimé de la Base. Finalement nous arrivâmes à Montpellier après avoir fait une escale à Marignane où les autres eurent les mêmes ennuis que nous »…Extraits des mémoires du colonel Jean Menneglier

La majeure partie des vols se faisaient avec le Morane Saunier MS 406, le Dewoitine 501 plus rarement (l’utilisation de cet avion disparut en mai 1940 lors de la Bataille de France).

Morane Saulnier MS 406 du C.I.C. de Chartres Hiver 1940. © Photographies de la collection Menneglier.

Le sous-lieutenant Demoulin devant le MS 406 n°626 de la 2ème escadrille du premier groupe du C.I.C. de Chartres pendant l’hiver 1940. ©Photographies de la collection Menneglier.

C.I.C. de Montpellier – Janvier 1940 : Réglage des armes d’un MS 406 du C.I.C. de Chartres sur la bute de tir.  Photographies de la collection Menneglier.

Carnet de vol de Louis Audebert (mars 1940). L’utilisation du MS 406 est prépondérante dans la formation des pilotes. ©archives de la famille.

 

L’offensive allemande – mai 1940

Le 10 mai 1940 marque la fin de la « Drôle de Guerre », et le début de la Bataille de France (ou Campagne de France). L’Allemagne nazie passe à l’offensive en envahissant simultanément les Pays-Bas, le Luxembourg, la Belgique et la France.

Les groupes de chasse français:

Le 10 mai 1940 on trouve les unités suivantes sur MS 406 :

  • GC III/1 à Norrent-Fontes : 30 avions (20 dispo). Après avoir totalisé 30 victoires pour 19 avions perdus (5 pilotes tués), ce groupe fut dissout le 12 août 1940.
  • GC I/2 à Toul-Ochey : 31 avions (27 dispo). Après avoir totalisé 25 victoires pour 12 avions perdus (5 pilotes tués), ce groupe fut dissout le 7 août 1940.
  • GC II/2 à Laon-Chambry, dissout le 10 août 1940 avec 17 victoires et 14 avions perdus (8 tués).
  • GC III/2 à Cambrai-Niergnies : 34 avions (28 dispo). Il a totalisé 22 victoires pour 20 avions perdus (3 pilotes tués) avant de passer sur Curtiss H-75 en juin 1940.
  • GC I/3 à Cannes-Mandelieu : 17 avions (14 dispo), en cours de conversion sur D.520.
  • GC II/3 au Luc : 25 avions (12 dispo), en cours de conversion sur D.520.
  • GC III/3 à Beauvais-Tillé : 28 avions (23 dispo), en cours de conversion sur D.520.
  • GC I/6 à Marseille-Marignane : 25 avions (12 dispo). Après avoir totalisé 14 victoires pour 20 avions perdus (11 pilotes tués), ce groupe fut dissout le 30 octobre 1940.
  • GC II/6 à Anglure-Vouarces : 34 avions (20 dispo). Il fut crédité de 8 victoires pour 12 avions perdus (3 tués) avant de passer sur D.520, tous ses MS 406 ayant été détruits au sol le 16 mai 1940.
  • GC III/6 à Chissey s-/Loue : 36 avions (30 dispo), en cours de conversion sur D.520.
  • GC I/7 à Rayack, Syrie : 26 avions.
  • GC II/7 à Luxeuil-Saint Sauveur : 35 avions (24 dispo), en cours de conversion sur D.520.
  • GC III/7 à Vitry-le-François : 34 avions (20 dispo). Il fut crédité de 15 victoires pour 24 avions perdus (7 tués) avant de passer sur D.520 fin juin 1940.

Louis Audebert est affecté au GC 1/2 le 1O mai 1940

Alors que l’offensive allemande se déploie sur la France, Louis Audebert est affecté dans l’escadrille la plus prestigieuse de l’armée de l’Air, la Spa 3 du Groupe de Chasse 1/2, commandé par le Commandant Daru: l’Escadrille des Cigognes (celle de Guynemer, héros de 14/18).

Louis Audebert – Journal de guerre – ©archives de la famille.

Commandée par le Capitaine Williame (qui deviendra l’un des héros de la « Bataille de France »), Louis Audebert, arrivé le 10, y effectue son premier vol en groupe le 14, avant d’être confronté aux lignes ennemies dès le 18 de ce mois. Le 20, quatre sorties et  un premier combat  (un Messershmidt 109 vraisemblablement abattu).

« Puybusque n’eut pas la satisfaction d’assister à l’anéantissement de son adversaire. Trois Messerschmidt l’attaquaient en tenaille. Il essaya de se dégager pendant que Weber et Audebert, qui avaient suivi le mouvement, contre-attaquaient les assaillants de leur camarade. Au-dessus d’eux, plusieurs autres chasseurs allemands, au moins douze, évoluaient. Un nouveau combat s’engagea. Weber et Audebert tirèrent de très près plusieurs ennemis, cependant que Puybusque, n’ayant plus de munitions, continuait, pour les aider, à foncer dans la bagarre. Bientôt, les Allemands lâchèrent pied, et nos trois mousquetaires rentrèrent dans nos lignes. Leurs avions n’avaient pas un seul trou.

Trois des plus jeunes de « l’Escadrille » avaient donné une bonne leçon aux anciens. La victime de Puybusque fut retrouvée, et cette victoire fut la première du groupe à être homologuée.« 

Capitaine Williame
L’Escadrille des Cigognes
SPA 3    1939-1940
Ed. B. Arthaud  1945

Dans son journal de guerre, Louis Audebert décrit ce combat aérien:
« 20 mai, 2ème mission – Je me fais tirer par un ME 109 (Messerschmidt). Je suis dégagé par Weber. Je poursuis un ME jusque dans les lignes allemandes, je le tire à Laon. Il veut rejoindre son point de rassemblement en spiralant à gauche, je serre plus, je me mets à l’intérieur de sa spirale et le tire à 100 m(ètres). Au dessus de moi, 12 ME à 1900 m. Je pars en rase mottes avec Weber, bientôt Reims, puis à Cezanne (Sezanne dans la Marne) où on retrouve Puybusque et rentrée à Damblain ver 8h30 du soir ».

« Grosse impression quand on voit les ???? au dessus de sa tête ».

Carnet de vol de Louis Audebert (mai 1940). GC 1/2 ©archives de la famille.

Carnet de vol de Louis Audebert (mai 1940). GC 1/2 ©archives de la famille.

D.A.T. : défense aérienne du territoire

« Le 27 mai, vers midi, 4 Messerschmidt mitraillèrent le stationnement de l’Escadrille. 8 avions furent détruits, dont le M406 690 du sous-lieutenant Audebert. A « l’Escadrille, Breto, Meunier, Audebert, Weber et leurs mécaniciens, la rage au coeur, regardèrent se consumer les derniers débris de leurs pauvres coucous…

 

Carte de localisation des positionnements du GC 1/2.

Carnet de vol de Louis Audebert (juin 1940). GC 1/2 ©archives de la famille.

Carnet de vol de Louis Audebert (juin 1940). GC 1/2 ©archives de la famille.

A partir du 1er juin, reprit une période d’activité intense. Pendant quatre jours, les Allemands étendirent au sud-est le champs de leurs opérations aériennes.

Ce fut l’époque de leurs raids sur Ambérieu, la vallée du Rhône et même Marseille. Ils entraient en France entre Bâle et Colmar, par pelotons de quinze à trente appareils, longeaient la frontière suisse et descendaient la vallée de l’Ain. »

Capitaine Williame
L’Escadrille des Cigognes
SPA 3      1939-1940
Ed. B. Arthaud  1945

Le 2 juin, le s/lt Audebert participa de nouveau à un combat contre un junker 88 (avion bombardier de la Luftwaffe).

Les 3 & 4 juin, deux sorties quotidiennes de défense aérienne du territoire (DAT).

« Le 5 juin, un message de guet décida le capitaine Daru à envoyer une patrouille triple de l' »Escadrille » à Colombey-les Belles, près de Damblain…/.. Nous étions à Neufchâteau, direction Nord, lorsque nous vîmes, à cinq kilomètres devant nous, un peloton d’une quinzaine de bombardiers direction ouest. Il faudrait encore les rattraper! Pas du tout. Quatre kilomètres derrière, une seconde expédition de quinze suivaient la première.

C’étaient des junker 88 qui allaient bombarder Tours…/… Dans le premier de nos adversaires que j’avais annoncé abattu par Breto et Pichon, le pilote avait eu la cuisse sectionnée par un obus. Après quelques évolutions désordonnées, il avait réussi à remettre son avion en ligne de vol. Audebert et Husson l’avaient vu et l’avaient harcelé jusqu’au moment où il s’était posé à six kilomètres au nord-est de Chaumont…/… Le pilote qui avait eu la cuisse fracassée avait demandé à voir le pilote qui l’avait abattu. Husson et Audebert allèrent à l’hôpital bavarder un peu avec lui. ils lui demandèrent ce qu’il craignait le plus : « les Curtiss ou les Morane? » « Ni l’un, ni l’autre », répondit-il, il ajoutait :  « J’ai donné ma jambe à mon Führer ; tout est bien. »…/… Le grand désir de toute la Spa 3 était de retrouver un autre peloton de bombardiers ; forts de notre neuve expérience, nous étions tous persuadés que cette future rencontre coûterait plus cher à nos ennemis que celle que nous venions de vivre.

Les rêves furent roses, ce soir-là, pour ceux qui réussirent à dormirent. »   

Capitaine Williame
L’Escadrille des Cigognes

Ce jour-là, trois, voire quatre Junker furent abattus par « l’Escadrille », le s/Lt Audebert obtint sa première victoire lors de son troisième combat.

« Le 8 juin, pour la première fois en ce qui nous concerne, le commandement se servit de nous pour réaliser une véritable concentration de chasse.

Nous partîmes le matin pour nous poser sur le terrain de Coulommiers. Nous devions y recevoir des ordres. Au déjeuner, je rencontrai un camarade de promotion de Pat qui me tint un langage peu réjouissant. « Dans le secteur, me dit-il, les Messerschmidt sont très méchants. Dix-neuf du groupe y sont restés. Chaque fois que nous sortons, nous avons un type en flammes. Tu es là avec combien de zincs ? Une patrouille triple ? Eh bien ! ce soir, il t’en manquera trois. »  Ils avaient, comme nous, des Morane.

Nous reçûmes notre mission : Destruction sur le secteur  Beauvais-Gisors-Persan-Beaumont. Altitude 4500 mètres de 16 heures à 16h30.

Notre patrouille triple était protégée par neuf bloch 152 et neuf Dewoitine 520…/…

Escadrille de Morane MS 406 en vol. (Illustration)

Nos patrouilles étaient composées de Chalupa, Puybusque et moi ; Pichon, Audebert et Meunier ; enfin adjudant Streiff, lieutenant Monty et sergent-chef Goile de la 103. A l’heure voulue, nous décollions sans avoir pu mettre la main sur Puybusque. Le regroupement se fit de façon parfaite et nous començâmes à battre le secteur.  En bas, le sud de Beauvais brûlait, envoyant jusqu’à Paris un cône de fumée qui cachait le sol. Gisors brûlait aussi. Partout des incendies, moins importants, mais nombreux; c’était un spectacle pénible à voir. Soudain, dans la direction de Soissons, des éclatements de DCA attirèrent mon attention. Je découvris bientôt quinze à vingt avions de bombardement. Au-dessus et sur les côtés, de nombreux Messerschmidt 110 et 109 les accompagnaient en direction du nord-ouest. Je me dirigeai vers eux. Notre protection suivait mal. Nous avions le soleil pour nous. Je réussis à nous placer derrière une patrouille de trois Messerschmidt 109 qui faisaient partie d’un ensemble de neuf appareils flanquant vers le sud l’expédition ennemie. Je tirai de très près, à peu près en même temps que Chalupa et Audebert, le chasseur de gauche, puis, seul, celui du centre à vingt mètres. Ils partirent tous deux en vrilles et en flammes. Pichon et Meunier virent le premier s’écraser à cinq kilomètres au nord-est du terrain de Beauvais, tandis que sous les yeux de Pichon et Audebert, le second subissait le même sort, sensiblement au même endroit…/… Je n’avais plus de munitions. Il s’agissait de nous tirer de ce guêpier. Nous y parvînmes et nous posâmes à Coulommiers.

Je rendis compte. On me donna l’ordre de refaire les pleins d’essence et de munitions en prévision d’une nouvelle mission qu’on allait nous confier. »

Capitaine Williame
L’Escadrille des Cigognes

Ce 8 juin, pour son quatrième combat, Louis Audebert, âgé de 23 ans, obtint sa deuxième victoire.

Document d’illustration.

Devant l’avancée allemande, le groupe de chasse partira le 13 Juin à Dijon-Longvic, contraint d’abandonner certains de ses avions, pour, dès le 15, changer pratiquement chaque jour de terrain. Ces jours-là, Louis Audebert mena plusieurs missions de destruction et de surveillance aérienne du territoire.

 « La longue et pénible retraite vers le Sud commençait. L’exode à retardement ».

Le 17 juin, nouvelle étape : Montpellier-Fréjorgues. A partir de ce moment, ordres et contre-ordres se succédèrent pour faire traverser la Méditerranée aux Morane de l’Escadrille. Finalement le projet fut abandonné. Le capitaine Williame refusa de partir : « c’était envoyer mes hommes à une mort certaine« .

« Le 18 juin, à midi, nous étions à table lorsque, à la radio, le maréchal Pétain annonça qu’il avait demandé l’armistice. La stupeur éteignit d’un coup toutes les conversations. Beaucoup de visages devinrent cramoisis. des yeux s’embuèrent… Un colonel donna l’ordre de fermer le poste…/… Le soir-même, nous volions jusqu’à Montpellier. Nous emportions avec nous des avions de bombardement et de tourisme…/…

Pour nous, le cas de conscience (se posait). Dans la dislocation du commandement issue de ces replis successifs, il ne fallait pas s’attendre à recevoir une orientation relative à ce que nous devions faire.  Fallait-il brûler les avions ou les garder? Fallait-il …/…continuer sur le sol anglais la lutte pour notre pays? Plusieurs pilotes parmi les plus courageux insistaient vivement pour qu’on leur donnât les moyens d’atteindre l’Angleterre avant qu’il ne fût trop tard.

〈Le s/lt Audebert fit vraisemblablement partie de ces pilotes désireux de rejoindre l’Angleterre; une des rares pages conservées de son journal de guerre mentionne : « … plus d’essence, plus de munitions, je garde pieusement mes 410? litres d’essence et nous envisageons de passer en Espagne et le plus court? possible vers le Portugal pour gagner l’Angleterre. On continuera la guerre comme officier anglais, du moins, je l’espère…/…oh ! …? ma cantine est partie à Marseille, je voudrais pourtant ma tenue neuve pour partir en Angleterre car un soldat ne doit pas se rendre… . »〉

Après avoir étudié avec Sarrault ( nouveau commandant du GC1/2), il nous apparut que, les opérations n’étant pas encore terminées, il était de notre devoir de rester à notre poste jusqu’à la fin…./…

Une ou deux fois par jour, nous recevions l’ordre, presque immédiatement annulé, de franchir la Méditerranée avec nos Morane …/… des avions fatigués dont le rayon d’action n’était guère supérieur à la distance à franchir au-dessus de l’eau… Il fallait escompter des pertes, si toutefois, l’expédition ne tournait pas à la catastrophe.

Les Morane Saulnier MS 406 de la 1ère escadrille du GC I/2 à Nîmes à l’été 1940.

Le 22 juin, on nous envoyait à Nîmes. Tous les jours, nous faisions demander au commandant des Forces Aériennes de l’armée des Alpes, l’autorisation d’aller nettoyer un peu le ciel du côté de Menton. Journellement la-bas, nos ennemis (italiens) faisaient du véritable tourisme aérien. Cela nous était intolérable comme une injure personnelle. On ne nous accorda pas cette dernière satisfaction …/… Par contre, les 22 et 23 juin, on nous confia deux missions dont l’inutilité était flagrante. De plus, le danger réel qu’elles présentaient échappait probablement au chef responsable de cet ordre.Il  était tel qu’elles pouvaient être qualifiées de coupables. Il s’agissait d’aller, de Nîmes, attaquer des colonnes motorisées du côté de Chambéry, puis évidemment, de revenir à Nîmes, après avoir franchi, en chaque sens, deux cent cinquante kilomètres, dont une centaine au-dessus d’un territoire occupé par l’ennemi. On nous faisait attaquer dans une région montagneuse àù l’on relève des cotes de 200mètres alors que les conditions atmosphériques étaient médiocres. Le ciel était couvert à mille cinq cent mètres d’une couche de nuages orageux. Nous n’avions plus un seul obus perforant ; seulement des obus ordinaires, qui présentaient la caractéristique d’éclater au contact d’une feuille de papier à cigarette, et les balles de nos mitrailleuses. Les engins blindé ennemis n’avaient vraiment rien à craindre de notre attaque et ils pouvaient continuer tranquillement leur chemin. Par contre, les dernières expériences faites dans ce domaine avaient prouvé que ces missions coûtaient généralement très cher à la Chasse, lui faisant subir des pertes qui allaient parfois jusqu’à cinquante pour cent de l’effectif engagé.

On nous demandait ce sacrifice insensé, alors que la signature de l’armistice avec l’Italie était imminente! …/…

Le 23 juin, ce furent Meunier, de Puybusque, Pichon, Trincano et Audebert qui m’accompagnèrent. Nous pûmes arriver aux carrefours de routes que l’on nous avait donner l’ordre d’attaquer près de Grenoble. Ils étaient vides! Pendant dix minutes, j’explorailes routes avoisinantes : rien ! …/…

Au retour, Marchelidon de la 103, aperçut un Henschel 126 d’observation. Il se fit un plaisir de l’abattre et de s’offrir, un quart d’heure avant l’armistice, la dernière victoire de cette guerre.

Le 25 juin, le voile tomba sur le GC 1/2, cantonné au sol à Nîmes. 

On prévoyait une attaque de nos ports de la Méditerranée…/… Nous n’avions cependant pas le droit de voler…/… Après un mois et demi de ce régime, les  Allemands exigèrent la dissolution d’un certain nombre de groupes (de chasse). Celui des Cigognes, malgré tout ce qu’il pouvait représenter, fut du nombre…/…

Un jour d’août arriva l’ordre de convoyer nos avions à Châteauroux où ils seraient stockés. C’était bien fini ».

Capitaine Williame
L’Escadrille des Cigognes

L’escadrille des Cigognes (GC 1/2) citée à l’ordre de l’armée aérienne (juin 1940).

Au début de la seconde quinzaine d’août, une douloureuse nouvelle parvint au Groupe : celui-ci malgré son magnifique passé de gloire ne figurait pas sur la liste des formations de l’Armée de l’Air maintenues en activité, en exécution des clauses de l’Armistice voulue par le maréchal Pétain… Le groupe de chasse I/2 sera officiellement dissous le 20 Août 1940.

Les Cigognes dissoutes, nombre de pilotes furent démobilisés ou envoyés dans d’autres unités encore en service.

 

 

Note de l’auteur

La suite de cet article est résumée provisoirement  .

Elle sera développée ultérieurement.

 

Louis Audebert fut affecté à la 4ème Escadrille du Groupe de Chasse 2/1, basé à Luc (83), puis à Montélimar (26), jusqu’au 27 novembre.  Les  heures de vol furent peu nombreuses avec un entraînement minimal sur un Bloch MB 152. La dissolution de cette escadrille fut prononcée le 27/11/1940.

En décembre 1940, Louis Audebert rejoignit la 4ème escadrille du GC 2/6 basée à Thiès en A.O.F. (actuellement Tivaouane au Sénégal), où il décéda en service commandé, le 16 octobre 1942, à la veille de son 26ème anniversaire.

Sa dépouille fut rapatriée en 1951; il fut inhumé le 20 mars par le père Sauvée au cimetière de Charroux (Vienne) dans le caveau familial (allée P sépulture 46) .

Faire-part de décès du Lieutenant Louis Audebert. ©archives de la famille.

 

 

Recherches, documentation, commentaire et mise en page: ©Laurent Soulet – 2022

 

Sources :

-archives de la famille

-archives départementales de la Vienne

-Capitaine Williame – L’Escadrille des Cigognes SPA 3      1939-1940. – Ed. B. Arthaud  1945

-https://fr.wikipedia.org/wiki/Escadrille_des_Cigognes

-https://www.traditions-air.fr/contributions14.htm

-https://docplayer.fr/79074408-Commandant-alain-claude-francis-mousset-officier-pilote-de-l-armee-de-l-air-francaise.html

-https://docplayer.fr/79074408-Commandant-alain-claude-francis-mousset-officier-pilote-de-l-armee-de-l-air-francaise.html

-http://pilotesdechasse.over-blog.com/

-albindenis.free.f

-https://www.escadrillesdechasse.com/single-post/2015-4-5-1940-1945-les-forces-a%C3%A9riennes-fran%C3%A7aises-libres-et-combattantes

-https://www.escadrillesdechasse.com/single-post/2015-4-5-constitution-des-groupes-de-chasse-de-1939-1940

-https://www.etudes-touloises.fr/archives/145/art2.pdf

-http://fighters.forumactif.com/t91071p75-ms-406-gc-1-2-cigognes-juin-1940-au-1-72

-https://www.passionair1940.fr/Armee%20de%20l%27Air/Escadrilles/Esc-Chasse/GC-1-2/GC_I-2.htm

-http://www.cieldegloire.fr/gc_1_02.php

-https://www.bibert.fr/Joseph_Bibert_fichiers/Victoires.htm

-https://www.bibert.fr/Joseph_Bibert_fichiers/CIC%20Chartres.htm

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

GC 2/1

 

Le Groupe de chasse II/1, constitué le 1er Juillet 1932, réunissait les escadrilles SPA 94 (la mort qui fauche) et la SPA 62 (le coq de combat).

A la date du déclenchement de l’attaque Allemande du 10 Mai 1940, le GC II/1 appartient au Groupement de Chasse n°21 de la ZOAN (Zone d’Opérations Aériennes Nord)

A l’armistice, le Groupe est sur le terrain de Valensole près de Digne. Il gagne, en Aout 1940, le terrain de Luc, sur lequel il restera jusqu’à sa dissolution le 27 Novembre 1942. Les pilotes durent convoyer leurs 25 Dewoitine D520 en service à Montélimar pour les livrer aux italiens. Les pilotes sont démobilisés deux jours plus tard.

Le GC II/1 a été équipé depuis sa création en 1932, des appareils suivants

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